La formation des prêtres et des personnes consacrées entre athéisme et sécularisation

S.Ecc. Mons. Joseph Vu Duy Thong, Vescovo ausiliare di Thành-Phô Hô Chí Minh

Normalement, les années de préparation au ministère presbytéral doivent assurer aux futures prêtres diocésains une formation intégrale qui comprend plusieurs dimensions. Mais face au processus de sécularisation qui se répand partout dans le monde, ces années doivent spécifiquement leur fournir des instruments nécessaires pour qu’ils ne se laissent pas contaminer par la mentalité sécularisée, d’une part, et pour qu’ils soient, d’autre part, disponibles à témoigner fidèlement de leur foi chrétienne.

Le champ de ce sujet est plus vaste. Je me contente donc de vous partager tout simplement quelques expériences dans la formation des candidats au sacerdoce, à l’archidiocèse de Hô-Chi-Minh-Ville. J’espère que ces expériences, si subjectives soient-elles, vont vous donner à penser.

Dans un pays communiste comme le Vietnam, l’athéisme est politiquement choisi par le gouvernement pour tout le pays. Aussi, réagir contre ce choix est depuis longtemps une action primordiale de l’Eglise catholique, et lutter contre ce mouvement est systématiquement inséré dans la formation catéchétique. Etre catholique, c’est se garder de tout ce qui mène à l’athéisme.

La sécularisation est un peu différente. Même si elle va de pair avec l’athéisme dans la vie, la sécularisation pénètre dans la mentalité d’une personne et a son ampleur dans toutes les dimensions de la vie. C’est pourquoi la formation des candidats au sacerdoce doit proposer des piliers solides et fournir des instruments culturels nécessaires pour que ces candidats puissent suivre le Christ avec joie, dans la fidélité.

1. Quelques piliers

L’ensemble de la formation presbytérale, telle qu’elle se déroule dans les séminaires, compte quatre composantes ou dimensions indissociables : il s’agit de la formation humaine, spirituelle, intellectuelle et pastorale. A chaque dimension, on peut choisir une qualité comme l’objet d’une attention spécifique, et c’est autour de cette qualité que l’on va développer les autres qualités.

A la formation humaine, on cultivera un ensemble de qualités au développement de personnalités équilibrées, mais il est indispensable de centrer sur la qualité d’une crédibilité témoignée dans une vie cohérente. A la formation spirituelle, la qualité d’une disponibilité à l’Esprit Saint se montre plus importante. Dans la dimension intellectuelle qui forme des hommes à la foi solide et éclairée, la qualité d’une fidélité au Christ et à son Eglise est mise en haute attention. Et dans la dimension pastorale qui forme des hommes apostoliques, ministres de leur peuple, la qualité d’une responsabilité est essentielle.

Chaque qualité particulière mentionnée ci-dessus, ou l’ensemble de ces qualités réunies, sont des piliers sur lesquels va s’appuyer une formation satisfaisante, me semble-t-il, pour aider les futurs prêtres à ne pas se laisser contaminer par la mentalité sécularisée et être disponible à une confrontation avec la sécularisation. Autrement dit, centré sur le Christ, attentif à sa suite et en vue de participer à sa mission de Salut, un candidat au sacerdoce peut vivre avec une joie spirituelle et avec une audace évangélique.

2. Quelques instruments

Parmi les instruments qui peuvent aider les futurs prêtres à maîtriser la situation et à vaincre la mentalité sécularisée, je pense d’emblée au moyen efficace de la piété populaire.

Au cœur des formes multiples de la foi imprégnée dans la culture ou la culture vivifiée par la foi, la prière du chapelet se montre plus attractive, pour la raison pratique que ce moyen de prière peut s’utiliser à n’importe moment et dans n’importe quel lieu. A l’occasion de l’Assemblée annuelle des évêques Vietnamiens qui s’est tienue à Hanoï l’année dernière, un jeune conducteur a parlé avec fierté à ses confrères de ce qu’il qualifiait comme l’évènement de sa vie : il eut la chance de se trouver au milieu des évêques pour dire ouvertement le rosaire dans un bus de l’aéroport à la salle de réunion. Garder les pratiques dévotionnelles, c’est se garder de toute forme de déchristianisation.

A cet instrument vient s’ajouter un autre moyen qui se montre plus attractif encore : c’estl’adoration eucharistique. Ceci est témoigné dans les paroisses où se trouvent les chapelles réservées pour cette célébration. A Hô-Chi-Minh-Ville, un personnel gouvernemental a dit au Cardinal Jean Baptiste, lors de sa visite à l’archevêché, le jour de l’an, que « s’il existe dans un quartier un lieu pour l’adoration eucharistique, tout son environnement, non seulement catholique mais encore civil, se trouvera dans la paix ». Cela veut dire que, dans ce quartier, les œuvres caritatives se multiplient et les crimes diminuent.

Si la mentalité sécularisée manifeste comme l’obscurité, la présence d’une forme de piété populaire est alors comme une lampe allumée qui brille et éclaire. Si les candidats au sacerdoce aiment pratiquer la piété populaire, ils pourront être aidés abondamment par la force spirituelle dans leur combat contre la sécularisation.


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